L'an 2010 : destination Brésil !

Troisième partie : tranquilité, bonheur et conclusion.

vendredi 7 mai 2010

Vie de luxe?

De tous côtés, les immeubles poussent comme le bambou. Je marche sans but dans la rue, observant l’action étourdissante de la ville. La vie bat son plein et, au milieu de cette fourmilière, au milieu du trafic incessant, une charrette — une simple planche de bois avec deux roues (sur la photo, c'en est une de luxe!)— tirée par un cheval me dépasse sans bruit. Image puissante. Le riche s’active et s’excite dans une course sans fin vers la richesse et le pauvre cherche son chemin, incompréhensif devant ce tourbillon loufoque.

Il y a réellement deux mondes parallèles au Brésil. Deux mondes incompatibles qui semblent évoluer indépendamment l’un de l’autre. Les interactions entre eux sont conflictuelles et représentent bien l’injustice créée par la différence de richesse.

Depuis quelques dizaines d’années, le Brésil connait un développement économique rapide. Les villes sont en pleine croissance et la société se forme dans le moule mondial du capitalisme. La consommation et la possession sont, comme dans tous les pays "développés", l’emblème de la réussite sociale. Cette récente explosion économique a permis à plusieurs familles d’augmenter leur niveau de vie (niveau de consommation) et la classe sociale moyenne a enfin gagné en importance. Par contre, ceux qui n’ont su s’introduire dans ce mouvement économique — faute d’éducation, de formation et de travail — se retrouvent dans un fossé encore plus profond…

Contrairement à ce que l’on peut s’imaginer, le coût de la vie ici n’est pas faible. C’est-à-dire, on peut survivre pour peu, mais atteindre le niveau de vie auquel je suis habitué (maison, voiture, vacances, vin à table, etc.) est une lutte ardue. Les produits de base (riz, farine, fèves, pain, légumes, vêtements, etc.) sont à des prix très abordables. Par contre, les maisons, les appartements, les voitures, les équipements électroniques, les vêtements de marques, bref, tout ce qui représente un niveau de vie plus élevé, ont des prix surévalués comparés au marché mondial. Je voulais acheter un appareil photo (après m’être fait voler le mien…) et l’on me demandait R$ 1020 (600 $CAN) pour un modèle que je savais à 300 $CAN au Canada… Une Volkswagen Passat 2010 vaut ici environ R$ 100 000 (60 000 $CAN), alors qu’elle est affichée à 35 000 $CAN chez nous! Il n’y a pas d’entre-deux ici : soit ce n’est pas cher, soit c’est exorbitant!

Bon, très bien : le luxe, c’est le luxe… On peut très bien survivre sans tout ça, n’est-ce pas? Ah… Si c’était si simple! Pensez-y deux minutes : tout le monde aspire à ce mode de vie! Qui peut affirmer être exempt de tels désirs? Au Québec, même les adeptes de la simplicité volontaire ont un ordinateur à la maison… Mais au Brésil, ce n’est pas si simple : les salaires n’ont rien de comparable aux nôtres et puisqu’il n’y a pas d’entre-deux au niveau des prix, atteindre une qualité de vie supérieure — celle à laquelle nous sommes habitués au Québec — est une bataille féroce.

En Europe et en Amérique du Nord, le travail perd progressivement en importance dans nos vies. Les travailleurs sont de plus en plus à la recherche d’un équilibre entre carrière et vie hors travail. Et je vous assure, c’est ça le vrai luxe. Le luxe de pouvoir avoir une vie diversifiée et épanouie conjointement à sa carrière. Ici, pour un étudiant universitaire dans ma situation, rien n’est gagné d’avance et tout le monde sait qu’il faudra travailler d'arrache-pied pour monter les échelons et s’affranchir du poids des dépenses de la vie moderne…

Et ça, c’est pour ceux qui s’en sortent bien. En regardant l’homme sur sa charrette ce matin-là, et en pensant aux 39 % de la population brésilienne qu’il représente, je me suis senti stupidement riche et inconscient. Une richesse qui n’est pas dans mon compte en banque; une richesse qui réside dans les possibilités et la facilité de la vie qui m’attend chez moi…

Pensez-y.

1 commentaire:

  1. Ça "fesse" d'être confronté à cette réalité des différences de classe, on peut se demande ce que l'on fait là, mal à l'aise. Ça a au moins l'effet de nous rendre conscient.
    Continue tes réflexions, ça nous fait réfléchir aussi.
    Thérèse

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